GIDE (André). | Les Cahiers d'André Walter. Oeuvre Posthume.

GIDE (André).

Les Cahiers d'André Walter. Oeuvre Posthume.

Paris Librairie Académique Didier - Perrin et Cie 1891

in-12, plein maroquin à gros grain bleu nuit, dos à nerfs, bordures intérieures de même maroquin, doublures de maroquin à gros grain grenat encadrées d'un double filet doré puis d'un triple filet doré aux angles en pointe, gardes de soie moirée bleu nuit, doubles gardes de papier marbré, filets dorés sur les coupes, coiffes guillochées, tranches dorées, couvertures et dos conservés, étui bordé (Semet & Plumelle), IV + 279 pp. Édition originale avec un avertissement liminaire de l’auteur, mais signé P.C. soit Pierre Chrysis, pseudonyme de Pierre Louÿs, qui ne sera pas repris dans les éditions ultérieures [Naville 3]. Un des 3 ou 4 exemplaires connus avec le prénom Madelène. Parfaite reliure signée portant l’ex-libris Robert Moureau.Saisir ces Cahiers, c’est d'abord connaître l'émotion de tenir entre ses mains un livre imprimé il y a plus d’un siècle, à l’état neuf, comme sorti de presse : son éclat abolit le temps et nous rend un instant contemporain d'un écrivain qui en 1891, à 22 ans, entame son oeuvre.L’exemplaire ici proposé est l'un des rarissimes où Gide a donné à son héroïne son véritable prénom, « Madelène » et non pas « Emmanuèle », manifestant ainsi la dimension personnelle de ce livre où art et intimité se mêlent. Henri Clarac a d’ailleurs relevé dans ses notes : « A la page 11 où l’héroïne est citée pour la première fois, il n’y a pas d’astérisque à la droite du prénom ni de note en bas de page indiquant qu’il s’agit d’un pseudonyme ». Le récit est bien inspiré de la vie de Gide, où il puisera inlassablement. L'authenticité affleure sous la fiction.Ambitieux, Gide avait prévu une édition de luxe à la Librairie de l'Art Indépendant et une édition plus « commune » à la Librairie Académique Didier-Perrin et Cie, qui parut d'abord, et constitue donc l'originale. Consterné par le nombre de coquilles, Gide, inaugurant sa politique d'extrême vigilance en matière d'impression, décida de condamner cette « petite édition » au pilon : il raconte, dans Si le grain ne meurt (tome II, p. 203), « je l'y portai moi-même, l'ayant été cueillir dans sa presque totalité chez le brocheur (moins, je pense soixante-dix exemplaires environ, employés au service de presse) et fus fort réjoui de recevoir quelque argent en échange. » Et d'ajouter, avec un rien de coquetterie et de feint détachement : « Mais tout ceci n'a d'intérêt que pour les bibliophiles »… auxquels il n'aura cessé de songer ! Ce livre, dira-t-il, était alimenté « de toutes mes interrogations, de tous mes débats intérieurs, de tous mes troubles, de toutes mes perplexités ; de mon amour, surtout, qui formait proprement l'axe du livre... », ajoutant : « une autre résolution que j'avais prise, c'était celle d'épouser ma cousine. Mon livre ne m'apparaissait plus, par moments, que comme une longue déclaration, une profession d'amour ; je la rêvais si noble, si pathétique, si péremptoire, qu'à la suite de sa publication nos parents ne pussent plus s'opposer à notre mariage, ni Emmanuèle me refuser sa main » (idem, t. II, p. 192).Le sens psychologique de Gide est totalement pris en défaut car Madeleine l'éconduit et déplore le procédé dans son Journal : « tout est à nous là-dedans. Tu n'avais pas le droit de les écrire. Et ce premier essai – si plein de promesses au point de vue de l'Art – est une faute devant la conscience » [cité par Jean Delay dans La jeunesse d’André Gide, tome II, p. 30]. L'on songe à Nietzsche : le Poète n’a pas la pudeur de ses sentiments, il les exploite. Il faut aussi admettre que ces cahiers posthumes étaient de nature à effrayer Madeleine : on y voit André Walter, qui compose un roman intitulé Allain, sombrer progressivement dans la folie après que sa mère l'a dissuadé d'épouser sa propre cousine, laquelle convole avec un autre.Avec ces Cahiers, Gide fait une entrée remarquée dans le monde des lettres suscitant une trentaine d'articles et de multiples encouragements d'auteurs de renom (Barrès, Mallarmé) qui distinguent et saluent ce jeune et prometteur talent. Henri de Régnier lui consacre dans « La Wallonie » un article des plus élogieux, qui affermit leur amitié naissante. En Belgique, Verhaeren salue l'œuvre sur l'invitation d'une certaine Maria Van Rysselbergue : la Petite Dame dès la première heure avait été sensible au « son inconnu » de cet auteur pour qui, clin d'œil de l'histoire, elle rédigera à son tour des cahiers posthumes.Les Cahiers d'André Walter ne laissent guère supposer ou deviner l'œuvre ironique, de combat et d'émancipation en devenir, qui sera marquée par Les Nourritures Terrestres, Paludes, Corydon, Les Faux-Monnayeurs, le Retour de l'U.R.S.S…. Mais ils sont ainsi parfaitement à leur place pour inaugurer une vie où Gide sera, selon son expression, touché par les extrêmes.
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