BETTELHEIM (Bruno). | Correspondance (en anglais) de 22 lettres dactylographiées signées, adressées à Madeleine Chapsal (39 pages in-4 sur papier à en-tête, 13 enveloppes conservées, datées Portola Valley, Californie, 1976-1986).

BETTELHEIM (Bruno).

Correspondance (en anglais) de 22 lettres dactylographiées signées, adressées à Madeleine Chapsal (39 pages in-4 sur papier à en-tête, 13 enveloppes conservées, datées Portola Valley, Californie, 1976-1986).

Importante correspondance inédite dans laquelle le thérapeute américain Bruno Bettelheim (1903-1990) se livre avec simplicité à Madeleine Chapsal (née en 1925). Après avoir rendu compte de "Psychanalyse des contes de fées" (1976), la romancière et journaliste s’apprête à préfacer une nouvelle édition du "Cœur conscient" lorsque débute leur correspondance.Né à Vienne où il a grandi, arrêté par les nazis en mai 1938 (deux mois après l’Anschluss), déporté à Dachau puis à Buchenwald avant d’être libéré en mai 1939 et d’émigrer aux États-Unis, Bettelheim revient dans ces lettres sur son expérience de « l’univers concentrationnaire » (en français dans sa lettre, par référence implicite au livre de David Rousset, lui aussi déporté à Buchenwald) : « après ça, on est heureux d’être simplement en vie ; on a appris quel immense cadeau du sort c’est que de survivre » (5.2.1977) ; « j’en suis revenu au problème du fait de survivre, qui a occupé ma vie, le mien en lien avec l’expérience des camps et avec les enfants autistes qui survivent seulement de façon précaire voire à peine » (24.6.1977).Ces lettres gracieuses et attentionnées, qui éclairent l'oeuvre du pédagogue en en dévoilant les ressorts intimes, dessinent une communauté de pensée entre les deux correspondants gagnés par une sympathie réciproque. En témoigne l’enthousiasme de Bettelheim pour "Une femme en exil" (1978) qui « aborde les problèmes les plus centraux de nos vies, comment nous la vivons, et pourquoi nous la vivons chacun d’une manière unique ; comme nous souhaitons être proches de l’autre, et combien finissent trop souvent de façon frustrante ces efforts pour trouver l’autre en nous-mêmes » (24.1.1979).L’échange épistolaire prend d’ailleurs sans délai un tour intime : à l’occasion d’épreuves professionnelles que rencontre Chapsal contrainte de quitter L’Express, Bettelheim revient sur son propre retrait de l’École d’orthogénie de l’université de Chicago, « me rappelant trop bien comme ce fut et comme c’est encore difficile » : « je sais quel grand espace vide cela laisse, et comme cela nous renvoie nécessairement au problème de la vie, et à ce que nous avons fait de notre propre vie » (17.7.1978). En confiance, Bettelheim se montre disert sur sa vie privée, évoquant la maladie de son épouse (dont la mort, on le sait, le laissa désemparé jusqu’à déterminer peut-être en partie son suicide), et finalement les soucis du grand âge qui ouvrent à de profondes réflexions et témoignent éloquemment de son humanisme.La correspondance est précieuse encore par le souvenir qu'elle conserve du monde ancien, « le monde que j’ai connu et qu’en dépit de toutes ses erreurs j’ai trouvé le meilleur que l’homme ait créé, est en train de se briser » (30.3.1980). L’évocation d'un déplacement à Vienne à l’invitation du gouvernement autrichien constitue à ce titre un joyau : ce « voyage dans le passé, notre passé et le passé d’une Europe qui se désintègre sous nos yeux » ; « un passé disparu, car mon Autriche dans laquelle je suis né était celle d’avant 1914, quand l’Europe et en particulier l’Autriche étaient vraiment belles. Cela n’existe plus, pas même leur vague ombre » (28.4.1980).Très bel ensemble épistolaire, avec de nombreuses corrections et apostilles autographes.Quelques extraits de cette correspondance sont cités dans la biographie de Bettelheim par Nina Sutton, dont nous joignons un exemplaire dédicacé par l'auteur à Madeleine Chapsal, "qui avait su charmer BB et lui inspirer quelques pensées de poids" (Paris, Stock, 1995, 758 pp.).Détail des lettres comme suit : 10.11.1976, 1 p. ; 5.2.1977, 1 p. ½ ; 19.3.1977, 1 p. ; 24.6.1977, 2 pp. ; 18.7.1977, 1 p. ; 17.7.1978, 2 pp. ; 12.10.1978, 1 p. ½. ; 24.6.1979, 2 pp. ; 12.10.1979, 3 pp. ½. ; 30.3.1980, 2 pp. ; 28.4.1980, 2 pp. ; 5.9.1980, 2 pp. ; 27.9.1980, 2 pp. ; 1.4.1981, 2 pp. ; 15.7.1981, 2 pp. ; 19.12.1981, 1 p. ; 19.1.1982, 2 pp. ; 29.5.1982, 1 p. ; 20.7.1982, 1 p. ; 18.9.1982, 2 pp. ; 4.8.1983, 2 pp. ; 13.12.1986, 1 p. Trois photocopies de lettres dactylographiées de Madeleine Chapsal jointes (25.7.1982, 3 pp. ; 20.11.1986, ½ p. ; 21.12.1986, 2 pp.).
  • 6 000 €
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